26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 08:36

d'Antoine Russbach (Suisse)

avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Delphine Bibet

Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend - seul et dans l’urgence - une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question.

Ceux qui travaillent

Succession rapide de scènes sous forme de tableautins: lever 5h45, douche, préparation petit déjeuner avec sa cadette, voiture -premier arrivé au bureau il sera le dernier à le quitter....- dossiers téléphone réunion. C’est le début de ce premier long métrage du réalisateur suisse Antoine Russbach

Frank (admirablement interprété par Olivier Gourmet) est cet être impassible et comme robotisé qui exécute chaque jour les mêmes gestes. Un cadre (ici fret maritime logistique) qui a fait passer son boulot avant tout. Aussi désincarné que le monde dans lequel il évolue, un monde fait de chiffres de stats de graphismes (alors que l’acteur est de tous les plans au point parfois de les envahir ; n’est-il qu’une masse corporelle sans âme ?) Un décideur ? Mais il n’est pas le patron ...Il commande à distance à une autre catégorie d’employés (invisibles) les exécutants qu’il rudoie au bout du fil. Aliéné par un système (rendement, concurrence, mettre tout en œuvre pour sauver son entreprise) ? certes mais un système dont il profite largement (par l’argent il a acquis un statut social et son mode de vie est loin d’être précaire; d’ailleurs après son licenciement un de ses fils décrète "on n‘a pas eu de père mais là on ne changera pas de mode de vie")

D'emblée, le réalisateur refuse les clivages "bourreaux/victimes" ; de même que la décision prise (prétexte au licenciement) inhumaine, immorale, loin de renforcer une antipathie pour le personnage (on est tenté de le traiter de salaud) est là pour illustrer la violence de ce même système

Après le licenciement, le film semble s’étirer mollement. Or la thématique du désœuvrement – celui d’un cadre déchu- est plus éloquente dans d’autres films (cf l’emploi du temps de Cantet) Ce manque de souffle serait-il délibéré ? Accorder du temps à une rumination intérieure, et laisser le masque se fissurer progressivement?? Le masque sera fissuré certes -grâce à la petite Mathilde la seule à voir un père, là où ses frères et sœur voient une pompe à finances MAIS la remise en question aura été de courte durée : violence et aliénation reprendront leurs droits (dans un « cadre » illégal …cette fois...) et le dernier plan où, dans le salon, chaque membre de la famille est seul avec son portable, est lourd de sens !

 

Un film sur un mécanisme violent cynique et aliénant, traité avec une froideur glaciale ?. Certes

Un film sur une société, ultra-libérale, qui au prétexte de sanctifier les vertus du travail, d’ériger l’argent et la réussite professionnelle en valeurs suprêmes, (Franck vient d'un milieu modeste) est en fait une vaste entreprise de déshumanisation ? Assurément

Ce premier volet d’une trilogie réussira-t-il à convaincre ? Je vous laisse juge(s)

 

PS : On retiendra -entre autres- cette séquence où dans un vaste entrepôt, le père explique à sa fille la circulation des marchandises (effet palpable de la  "mondialisation")

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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