2 mai 2019 4 02 /05 /mai /2019 06:02

Documentaire réalisé par Naruna Kaplan de Macedo

 

Présenté à l'Omnia le mardi 30 avril en présence d'Edwy Plenel 

Abonnée de la première heure du site d’informations indépendant Mediapart, la cinéaste Naruna Kaplan de Macedo a suivi pendant un an le fonctionnement de la rédaction, de mai 2016 à mai 2017. La période concernée est riche en rebondissements : élections américaines et françaises, affaires Baupin et Kadhafi-Sarkozy.

Depuis Mediapart

Un documentaire décevant, peu convaincant!

Filmer les "coulisses" d’un journal, en insistant sur un travail d’équipe (la salle de rédaction comme atelier) même et surtout si celle-ci est hétérogène ; privilégier à l’écran 3 ou 4 figures (dont F Bonnet, Lenaig Bredoux, Ellen Salvi) car on ne peut donner la parole à tous, quoi de plus légitime ?

Et certaines scènes (ou séquences) évoquent le travail d’enquête en amont ; on voit les journalistes décortiquer des documents, s’interroger sur des photographies en comparant contextualisant ou scotchés à leur téléphone afin d’obtenir des témoignages ou des rendez-vous. Mais n’est-ce pas le minimum ?? et ce dans n’importe quelle salle de rédaction ? D’autres instantanés illustrent le désenchantement de certains (dont F Bonnet) de ne pas avoir "anticipé"  les résultats du Brexit ni ceux des élections américaines (là où d’autres journalistes battraient modestement leur coulpe….). Que la conférence de rédaction du lundi qu’anime F Bonnet, joue le rôle de marqueur en impulsant les "chapitres" comme dans une narration, pourquoi pas ?

Or, dès le début, la déclaration d’intention est sujette à caution "c’est mon journal". Le choix d’une voix off (certains commentaires frappent en outre par un style empreint d’afféterie) induit le parti pris, en donnant un sens à l’image, tout en renforçant l’aveu inaugural. Avoir sélectionné au montage sur les 300 h celles concernant la campagne présidentielle -au prétexte que rien ne se passerait comme prévu- et du même coup avoir délaissé ce qui fait la spécificité de ce journal d’investigation, relève d’une forme de complaisance. Et ce ne sont pas les détournements humoristiques empruntés à Khled Frak qui vont compenser le manque. On a droit à la première invitation de Macron sur le plateau de Mediapart (rappelons que le journal propose tous les mercredis une émission en live) aux primaires, à l’abandon de Hollande, aux affaires Fillon, à l’entre-deux tours, etc...

Rappelons que Mediapart créé en 2008 est un journal en ligne payant (11 euros/mois l’abonnement) qui peut se targuer de son autonomie financière (seuls nos lecteurs peuvent nous acheter…) Pour gagner de nouveaux abonnés, il doit développer des  "articles de fond", entretenir le buzz, proposer des promos. Un aspect vital qu’ignore le documentaire…Or c’est précisément cet équilibre délicat entre réaction à chaud et distance critique, quête et enquête, indépendance et gestion financière qui assure la pérennité de ce  journal d'opinion

On regrette que la préposition depuis (Depuis Mediapart) -qui induisait une vision : "le monde vu depuis Mediapart"- se réduise à une  dimension spatiale -"un tournage réalisé à l’intérieur des locaux de médiapart" nous enfermant dans une sorte de bocal (mal filmé de surcroît) 

 

Colette Lallement-Duchoze

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