28 mars 2019 4 28 /03 /mars /2019 09:58

Documentaire réalisé par David Mambouch

Elle est de ces artistes qui creusent des sillons durables et profonds, qui bouleversent les existences. Depuis plus de 35 ans, Maguy Marin s’est imposée comme une chorégraphe majeure et incontournable de la scène mondiale. Fille d’immigrés espagnols, son œuvre est un coup de poing joyeux et rageur dans le visage de la barbarie. Son parcours et ses prises de positions politiques engagent à l’audace, au courage, au combat. En 1981, son spectacle phare, May B, bouleverse tout ce qu’on croyait de la danse. Une déflagration dont l’écho n’a pas fini de résonner.  Le parcours de la chorégraphe Maguy Marin, un vaste mouvement des corps et des cœurs, une aventure de notre époque, immortalisée et transmise à son tour par l’image de cinéma.

Maguy Marin: l'urgence d'agir

Portées par différents interprètes depuis la création en 1981, les figures de May B -inspirées de l'oeuvre de Beckett- ont traversé le temps et les mémoires, gardant intacte, inviolée la force à la fois tragique et cynique, féroce et tendre de ces cabossés de la vie; êtres de poussière, enduits d'argile, glaise qui se craquelle, vêtus de haillons, ils avancent comme un choeur désarticulé, éructant par moments ce cri primal et/ou onomatopéique de la Douleur. May B est bien le fil directeur du film documentaire réalisé par le fils de la chorégraphe,  David Mambouch (il est né en même temps que la pièce; et en 2014 il sera un des interprètes !)

Il s'ouvre sur des extraits du discours de Maguy Marin (urgence d'agir); il mêle images d'archives, interviews (certaines poignantes sont celles de danseurs des années 80 aujourd'hui disparus), extraits de pièces (Cendrillon, 2017, entre autres...), il nous fait assister à des répétitions, nous entraîne en Amérique du Sud (où Lia Rodrigues l'une des premières interprètes a ouvert une école de danse pour les enfants de la favela de Maré, près de Rio de Janeiro), à Ramallah (lors d'une représentation) et dans les différents lieux où Maguy Marin a exercé son art si singulier qui réconcilie danse et théâtre, qui lie étroitement création et engagement dans la vie de la cité (sens étymologique de politis) et qui a fait voler en éclats les canons de la beauté formatée

Sorte de palimpseste (par une double surimpression, celle des reprises répétitions et celle plus intime de chaque visage -en très gros plan parfois- où se lit en filigrane une histoire particulière) le film est à coup sûr, une "oeuvre d'art"  avec des raccords audacieux , des résonances dans la bande-son (extraits de discours de Mitterrand en 1981, de Juppé en 1995 par exemple) et des allers et retours entre présent et passé, garants d'une dynamique celle de la transmission

Malgré la précarité de notre monde ce film rappelle que nous avons le pouvoir d'agir, et à quel point chaque existence, chaque histoire, est précieuse (David Mambouch) 

Vivre ensemble 

Un seul Corps

Visages amis, visages aimés

L'argile unique dont nous sommes faits

 

Un documentaire à ne pas rater !!!

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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