12 février 2019 2 12 /02 /février /2019 07:18

d'Antoine Raimbault

avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas 

Depuis que Nora a assisté au procès de Jacques Viguier, accusé du meurtre de sa femme, elle est persuadée de son innocence. Craignant une erreur judiciaire, elle convainc un ténor du barreau de le défendre pour son second procès, en appel. Ensemble, ils vont mener un combat acharné contre l'injustice. Mais alors que l’étau se resserre autour de celui que tous accusent, la quête de vérité de Nora vire à l’obsession.


 

Une intime conviction

La force et l’intérêt du film d'Antoine Raimbault, résident moins dans l'adaptation à l’écran du procès en appel où Jacques Viguier fut pour la seconde fois acquitté en 2010, que dans le "couple" que forment l’avocat de la défense Maître Dupond-Moretti (interprété par un Olivier Gourmet au top de sa forme) et une ex-jurée Nora (Marina Foïs excellente!) convaincue de l’innocence de l’accusé

Ce personnage inventé de toutes pièces, devient très vite l’allégorie de l’intime conviction. Sa quête frénétique de la (sa) " vérité" -dont rend compte la succession rapide de mini scènes sur son lieu de travail, chez elle entre lécoute de plus de 250h d’entretiens et l’éducation de son fils, sa présence au Palais de justice - en dit long sur une passion qui vire à l’obsession.

Face à elle un avocat imposant ; certes il décèle les vices de l’enquête MAIS surtout il va renvoyer dos à dos tous les accusateurs et tous les procureurs dont les intimes convictions ne reposent sur rien de concret (et les extraits de sa plaidoirie finale resteront dans les anthologiesEn réalité, ce dossier est devenu un concours Lépine de l’hypothèse Vous aurez jugé mais vous n’aurez pas rendu la justice).

Un "duo" qui oppose la passion presque viscérale et le respect de la déontologie (en l’occurrence puisqu’il n’y a pas de preuves, faire prévaloir le doute);  et entre les deux, un "accusé" mutique au regard sombre, qu'interprète le (toujours) inquiétant Laurent Lucas! 

 

Ainsi loin des séries télévisées, loin des films de procès -souvent contaminés par des clichés "à l’américaine"- le film de Raimbault en s’emparant de cet espace clos (dont la théâtralisation n’est plus à démontrer: "effets de manche",  diction et élocution, silences et vitupérations) le transforme  en creuset ; où s’opère de façon presque alchimique la transformation d’une "intime conviction" (article 353 du Code pénal) en "Vérité" !…

Mais face à notre propension à "interpréter"  en comblant les "trous d’un récit", la justice doit au contraire éviter de donner du sens à l’absence et de l’espace à l’imagination.

Une intime conviction ou le procès de la fiction ? traité sur le mode d'un thriller?

À vous de juger !!

Colette Lallement-Duchoze

PS Je vous invite à lire -ou relire-  le roman de Tanguy Viel Article 353 du code pénal  (il vient de paraître dans la collection "doubles" des Editions de Minuit)


 

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