9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 07:18

de Paolo Genovese (Italie 2017)

avec Valerio Mastandrea, Marco Giallini, Alba Rohrwacher

Un individu mystérieux, assis à la même table d'un café, reçoit la visite de dix hommes et femmes qui entrent et sortent à toute heure de la journée pour le rencontrer et se confier. Il a la réputation d'exaucer le voeu de chacun en échange d'un défi à relever...

The Place

Je crois dans les détails dit l’homme à son interlocuteur ; et il les consignera avec frénésie dans son énorme agenda. Qui  est ce personnage innommé, assis du matin au soir à une table dans ce bar-restaurant « the place » (café roma en VO)?  Dieu, le Diable ou la Voix(e)  de la conscience ? Qui sont ces visiteurs qui, à intervalles réguliers, viennent se confier à lui ? Il peut -dit-on-  exaucer tous les désirs. Tous ? "oui" . Comment devenir plus belle ? Retrouver la vue ? Passer une nuit avec une star du porno ? Sentir à nouveau la présence de Dieu en soi ? Guérir son enfant atteint d’un cancer ? C’est faisable dit l’homme ; à condition d’accepter un contrat mais pas n’importe lequel : viol, infanticide, cambriolage, pose d’une bombe en un lieu public…. Univers luciférien ? Contrat faustien ? 

 

Progressivement certains  "cas" -que l’on croyait individuels - s’imbriquent les uns dans les autres ;  ainsi des surprises narratives, en créant un lien dramaturgique,  vont  éviter l’écueil de la répétitivité . De même les tentatives de rébellion, les accusations, les refus créent une autre dynamique plus idéologique ou éthique. Et pour pallier la monotonie (inhérente au dispositif choisi, le huis clos) le réalisateur sait varier  les cadrages et les angles de vue (dans les face-à-face par exemple  ) 

Le bar restaurant -avec son enseigne lumineuse rouge "the place" -  est filmé essentiellement de l’intérieur et très vite se métaphorise en habitacle de la  Conscience et de l'Injonction, alors que, filmé à travers les baies vitrées, il donne l’impression d’un aquarium où évolue l’espèce humaine taraudée par ses cas de conscience. Et c’est Angela (Sabrina Ferilli) qui chaque soir, après avoir fait le ménage, va essayer d’inverser les rôles ….alors que l’espace est envahi par la musique de « sonny »!

 

On l’aura compris : le film est une comédie grinçante qui ausculte la part la plus sombre de l’être humain tant certains défis "proposés"  dépassent l’entendement ou la morale. Et du même coup  le spectateur n'est plus simple témoin amusé ou ulcéré:  quelles sont les limites de son libre-arbitre? de ses convictions morales??

 

On peut être allergique à cet a-moralisme, à cet univers où triomphe l'injonction (renouant avec le pouvoir primitif et magique de la Parole) mais on ne saurait être insensible à la qualité de l'interprétation (Valerio Mastandrea l'homme impassible, Alba Rohrwacher la nonne qui sera  enceinte...pour retrouver la Foi !!) ni à celle de la photo signée Fabrizio Lucci....

 

Un film à voir, assurément! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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