2 février 2019 6 02 /02 /février /2019 07:07

De Boots Riley

avec Lakeith Stanfield, Tessa Thompson, Jermaine Fowler, Steven Yeun, Danny Glover, Armie Hammer

Après avoir décroché un boulot de vendeur en télémarketing, Cassius Green bascule dans un univers macabre en découvrant une méthode magique pour gagner beaucoup d'argent. Tandis que sa carrière décolle, ses amis et collègues se mobilisent contre l'exploitation dont ils s'estiment victimes au sein de l'entreprise. Mais Cassius se laisse fasciner par son patron cocaïnomane qui lui propose un salaire au-delà de ses espérances les plus folles…

Sorry to bother you

Désolé de vous déranger ET le bureau de Cassius Green (employé dans une société de télémarketing) tombe littéralement dans la pièce des destinataires troublant leur intimité (certains sont en train de forniquer) Voilà une des trouvailles de Sorry to bother you premier long métrage de Boots Riley,  chanteur compositeur de hip hop (sa musique irriguera le film)

Film frappadingue ? Film barré ? peut-être sur la forme ; mais qui n’invite nullement à se barrer…tant l’humour et le vitriol sont bien dosés (un film qui  doit autant à Karl qu’à Groucho selon Mandelbaum) et tant le jeu des acteurs est brillant ! Et si la fin nous ramène au point de départ (logement aménagé dans le garage loué par l'oncle) elle ne clôt pas une trajectoire mais ouvre la voie vers....

 

L’itinéraire du personnage principal, le réalisateur prend soin de le baliser avec netteté invitant le spectateur à découvrir petit à petit ses prises de conscience (et parallèlement à suivre les étapes de la lutte syndicale : blocage des lieux de travail, grève, alerte de l’opinion via les médias). Un brûlot bien ancré dans la réalité contemporaine (avec les aspects d’une dystopie ) Il s’agit d’une attaque radicale (sens étymologique) du capitalisme moderne qui transforme les employés en esclaves et qui par l’intox sur la réussite individuelle contraint certains, logiquement appâtés par le gain, à trahir leur classe : c’est précisément le cas de Cassius Green  afro-américain qui au sommet de sa réussite sera non seulement briseur de grève mais complice actif de l’esclavage, alors que tous ses potes -et surtout sa compagne militante- sont en lutte pour la conquête de droits sociaux

Attaque qui se double d’une dénonciation assez acide du racisme : si Cassius Green est parvenu à faire exploser les chiffres de vente de PowerCallers c’est qu’il a su convaincre les "clients" en adoptant une "voix de Blanc" (et ce, sur la recommandation de son collègue senior ...conscient de l’uniformisation imposée aux Noirs).

 

Un brûlot politique donc, traité avec une extravagante originalité au rythme souvent endiablé, et une énergie presque dévorante- Avec des moments savoureux et des instants de pur délire. Les boucles d’oreille de Detroit la compagne performeuse de Cassius affichent tout un programme!!!  Et si l’on fouille les dessous (sens propre et figuré) de la multinationale, attention à la révolte des hybridés !!!

 

À ne pas manquer !

Colette Lallement-Duchoze

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