25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 09:30

Aga

de Milko Lazarov (Bulgarie) 

avec Mikhail Aprosimov, Shahira Fahmy 

 

La cinquantaine Nanouk et Sedna vivent harmonieusement le quotidien traditionnel d'un couple du Grand Nord de la Sibérie. Jour après jour, le rythme séculaire qui ordonnait leur vie et celle de leurs ancêtres vacille. Ils vont devoir se confronter à u nouveau monde qui leur est inconnu... 

Aga

Un long plan fixe sur une femme -visage en frontal-, parée d’un costume traditionnel très coloré et de bijoux : elle joue de la guimbarde….C’est l’ouverture ; une ouverture qui va contraster avec les plans suivants où la couleur vive rouge de l’habit d’apparat a cédé la place à une immensité neigeuse : terre et ciel semblent se confondre ; silhouettés, se détachent sur la ligne d’horizon un homme son traîneau et un chien ; si minuscules...qu’il sont comme aspirés

 

Nous sommes en Iakoutie (zone arctique de la Sibérie) La femme c’est Sedna, l’homme c’est Nanouk (tout au long de cette fiction on devinera l’hommage que rend le réalisateur bulgare à Nanouk l’esquimau, de Robert J. Flaherty, documentaire sorti en 1922). Ils  "vivent" dans une yourte plantée au milieu de nulle part. Des gestes ancestraux -pêche tannage de peaux préparation d’onguents. Peu de dialogues. Une immersion dans des contes ou rêves (dont celui de l’ours à valeur prémonitoire…) Filmés à l’intérieur de la yourte -où le traitement des poses de la lumière des ambiances emprunte aux toiles de Vermeer - le réalisateur dit s'en être inspiré-; ou filmés en extérieur affrontant  neige et  blizzard, ces quinquagénaires vivent un "drame" : l’absence de leur fille Anga;  celle-ci a choisi la "modernité"; les parents ne le lui pardonnent pas... du moins pas encore!!!

Simultanément des "indices" très (trop) signifiants sonnent le glas de leur propre mode d’existence : une traînée blanche qui s’en vient maculer le ciel en le  striant alors que la bande-son amplifie le passage de l’avion ; une tache noire sur le blanc immaculé (celle de la motoneige du fils), la tache rouge de l’animal tué, le renne qui mortellement blessé entrave la chaussée qu’emprunte le chauffeur de poids lourd ; -à noter que cette tache renvoie aussi à celle qui apparaît sur le ventre de Sedna (un "mal incurable"?) qu’elle tente de guérir par des onguents. D'autres indices parlent d'eux-mêmes ou suggèrent "d'inévitables" (?) mutations  : Nanouk  rentre bredouille plusieurs jours d'affilée, la glace fond de plus en plus tôt...

La récurrence de l’image -cette forme ovale -contrastant avec l’aspect rectiligne alentour-- désigne le trou que fore Nanouk à la recherche de poissons et d’eau pure (gages de survie) ; et plus tard, en un violent contraste, désignera le cratère -vue aérienne par drone- de cette mine de diamants, comme une immense trouée blasphématoire dans la pureté quasi virginale du paysage.

 

Hormis ce symbolisme un peu appuyé, hormis les gros plans sur le visage du fils qui l’apparentent à une icône,  Aga est un film à la beauté plastique sidérante, que je vous recommande vivement 

 

Colette Lallement-Duchoze

PS pour infos sur les conditions de tournage consulter  le dépliant dans le hall de l'Omnia

 

Aga

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