4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 14:33

de Sergei Loznitsa Ukraine 

avec Boris Kamorzin, Valeriu Andriutà, T. Yatsenko

Prix de la mise en scène (Un Certain Regard) Cannes 2018

Des figurants enrôlés se retrouvent à témoigner d'un carnage tels de vrais civils devant les caméras de télévision. Nous sommes dans le Donbass, à l'est de l'Ukraine, et le secteur est en état de guerre -forces gouvernementales milices contre séparatistes pro-russes...

Donbass

Manuel de survie dans le Donbass en 12 leçons (c'est le sous-titre de l'affiche ô combien antiphrastique! Ou cynique! )

 

Traitées le plus souvent en plans séquences les 12 saynètes du film (et l’on passe d’un lieu à un autre avec un encart en bas de l’écran " territoire occupé /Ukraine orientale /check-point ; palais de/ frontière ukrainienne"  etc) illustrent le machiavélisme, le cynisme éhonté, la manipulation sordide des médias, la corruption à tous les étages (et ce au sens propre parfois). On contraint par la force ou la menace à avouer un crime qu’on n’a pas commis, on humilie (la scène où l’on fouette violemment un "déserteur" sous le regard complice  des bourreaux -du même camp ???- rappelle étrangement une séquence des "Sans espoir" de Jancso). La séquence avec le propriétaire d’une voiture "confisquée" au nom d’un idéal patriotique, vire au cauchemar dantesque (voyez la ronde de ces hommes implorant, de leur téléphone portable, l’aide -financière- de leurs proches, car ils risquent de…) Impassibilité souvent glaciale ou éructations grossières des Russes (ne pas oublier que le film est d’abord une diatribe à l’encontre du pouvoir russe, de ses représentants -civils et militaires qui occupent la région ukrainienne du Donbass…)

On retiendra la séquence du "prisonnier" donné en pâture en pleine ville: invectives camouflets crachats avant la bastonnade ; ils sont d’abord quelques jeunes hommes puis le cercle de badauds s’agrandit, cercle où des femmes, plus vindicatives et forcenées, rappellent les tueries commises par les "ennemis", avant de "célébrer" une mise à mort (justice immanente, loi du talion) le rituel sacrificiel étant stoppé in extremis par les soldats de garde ! Et que dire de ce "mariage" grotesque (la mariée en monstre fellinien) sous l’égide de la Nouvelle Russie? Le rire ne peut être franc tout juste safran alors que la salle des invités s’hystérise. A contrario le face à face entre la vice-présidente de Saint Théodose et le ministre -auquel elle vient demander une "récompense chrétienne"- est risible de par son outrance !!

 

Décors gangrenés par la lèpre (comme le sont les humains) mélange détonant (et détonnant) de baroque de sordide et de grotesque (à l’image d’une société détraquée). Une vision bien pessimiste simplificatrice et manichéenne (qu’on est loin de l’envoûtant "dans la brume" et de son questionnement si nuancé sur la notion de "responsabilité")

 

Le ton était donné dès la séquence d’ouverture : dans une loge, on maquille des visages, ceux de figurants enrôlés pour un reportage télévisé, ils seront les "victimes"  de déflagrations, (hors champ) et partant de dégradations.  En écho -contrepoint plutôt- à la fin les mêmes personnages que l’on grime mais ici .l’enjeu est d’une puissance démoniaque à couper le souffle, on va assister à la mise en scène littérale du crime, vite imputé à l’ennemi...On a quitté l’intérieur de la loge de maquillage. Plan extérieur, vue d’ensemble en légère plongée sur la place -alors qu’au loin des cheminées en trompe-l’œil émettent une fumée grisâtre immobile et que la voix susurrée des commentateurs (censés tourner un documentaire sur le « bon peuple » du Donbass) dénonce la tragédie et que chacun (personnel de TV ou de secours) s’affaire dans le rôle qui lui est dévolu...

 

La première victime de la guerre c’est la vérité

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB : Pour le camp ukrainien l’agresseur est la fédération de Russie alors que pour le Donbass l’agresseur est le camp ukrainien. Les médias russes prennent très ouvertement le parti du Donbass certes; mais les médias occidentaux n’ont pas de toute évidence le monopole de l’objectivité. On se rappelle l’art du storytelling de certains afin d’imposer UNE vision d’un conflit….

 

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