4 septembre 2018 2 04 /09 /septembre /2018 05:48

De Matthew Portefield   (USA)

Avec McCaul Lombardi (Keith) , Jim Belushi  (le père)  Zazie Beetz (Courtney) 

 

Prix du jury du long-métrage au dernier Champs Elysées Film Festival.

argument

Sollers Point, Baltimore. Aujourd’hui. Après une absence forcée, Keith, 24 ans, retourne habiter chez son père, il retrouve Sollers Point, son quartier de Baltimore de plus en plus marqué par le chômage, la violence et la ségrégation. Il y retrouve aussi ses démons.

Sollers Point -Baltimore

Si la trajectoire concerne un personnage (Keith récemment sorti de prison assigné à résidence) s’’il est quasiment de tous les plans, (McCaul Lombardi est admirable de force et de justesse), le réalisateur le filme très souvent en présence de ...car Sollers Point est bien -à travers le parcours d’un individu- un portrait de groupe, le tableau désolant d’un quartier de Baltimore et partant le microcosme d’une Amérique désoeuvrée. Lors d’une partie de cartes chez le père de Keith, un des joueurs rappelle avec nostalgie la notoriété des aciéries Bethlehem et la fierté d’y travailler (or leur faillite depuis le début des années 2000 a laminé les villes qui en dépendaient). Si le père vit de sa retraite les jeunes s’adonnent à des trafics (drogue armes) à la prostitution et c’est le triomphe de codes dits « virilistes »

 

Ainsi c’est par Keith et par toutes ses rencontres que nous allons découvrir les tensions qui innervent le tissu périurbain de Baltimore en même temps que nous découvrons sa personnalité profonde : Courtney son ex amie dira explicitement  "il n’a pas mûri c’est un ado"  Voyez-le avec Scout -chien bien-aimé ; avec sa mamie substitut de la mère dans l’étreinte des retrouvailles ; tel un enfant démuni il en vient à solliciter de l’aide auprès d’un chef de gang raciste, ou hésiter à acheter des armes pour se débarrasser de ses ex-compagnons de taule -alors ses protecteurs….Et pourtant que de tentatives de réinsertion!! Toutes frappées d’inanité ? …serait-ce une fatalité ???  que de déceptions ! (il ne peut se rendre à l’anniversaire de sa nièce, il est viré du stage de clim, il est définitivement « plaqué » par Court, etc. ) En tout cas le film semble traversé par deux forces contraires "chute et rédemption"  mais sans la connotation religieuse

 

Certains plans sont éminemment signifiants dans leur sobriété même : première séquence Keith écoute du Heavy Metal dans sa chambre et la caméra montre sans insister le bracelet électronique à la cheville....voici dans une pièce, le père avachi dans une chaise longue, c’est l’été, le ventilateur est en marche; voici une femme "en vrac" assise côté passager Keith la reconduit chez elle -(sans demander une quelconque participation) nous ne voyons pas son visage mais ses tremblements et les morsures sur le bras tels des stigmates en disent long sur ses pratiques de droguée ; plan large Keith d’un côté d’un grillage s’adresse à son ex amie (le grillage dit la séparation définitive alors qu’il vient de subir deux ans durant l’enfermement). un vaste panoramique sur un cimetière: Keith écrasé dans l'immensité, va se recueillir sur la tombe de sa mère; douleur et solitude;  le plan choisi pour l'affiche illustre la vaine tentative de réinsertion : Keith est, restera comme entre deux eaux

 

Sans verser dans le misérabilisme, renouant par moments avec le genre dit naturaliste, jouant avec ellipses et non-dits, imposant un tempo qui fait alterner violence et accalmie avant que n'éclate la fureur  contenue  Matthew Porterfield signe là un film d’auteur indépendant que je vous recommande  vivement

 

Colette Lallement-Duchoze

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