23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 04:58

De Jacques Audiard (USA France)

avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed

 

Ce film présenté à la Mostra de Venise a obtenu le prix du meilleur réalisateur (le 8/09/2018)

 

En 1851, dans l'Oregon, les frères Eli et Charlie Sisters sont deux tueurs à gages engagés par le Commodore, pour récupérer la formule du chimiste Hermann Kermit Warm et tuer celui-ci à l'aide du détective John Morris....

 

Les Frères Sisters

En s’attaquant au genre le plus canonique Jacques Audiard -dont c’est le 8ème film- semble avoir réussi son  pari

 

Comme Leone -pour ses westerns dits spaghetti – il a tourné en Espagne  les scènes d’extérieur, les 3 régions sont mentionnées dans le générique de fin, (les scènes d’intérieur ont été filmées dans des studios en Roumanie) ; comme dans le western dit crépusculaire il complexifie les caractères : Charlie et Eli Sisters seraient les deux faces d’une même médaille et ce duo -à la gâchette facile- est par un effet spéculaire dupliqué par cet autre :Warm – le chimiste- et Morris -le détective lettré ; il fait de la traversée de l’Orégon à la Californie en passant par Mayfield, une fable picaresque avec un substrat moins "moral" que philosophique ou psychanalytique. Entendons par là que l’aspect circulaire (à la fin de leur périple les deux frères dont l’un amputé retrouvent le giron maternel), et  l’image du père -elle s’impose sous forme de cauchemar, elle a son équivalent dans la figure du Commodore redoutable et invisible- renvoient explicitement à Freud alors  que la vision d’un monde plus égalitaire en phalanstères, celle revendiquée par le chimiste, à l’opposé de la recherche effrénée du profit personnel, confère à ce film une portée "politique". .Certains aspects : la recherche de l’hygiène - découverte amusée de l’usage de la brosse à dents ou d’une chasse d’eau-  ,le  symbole de l’araignée qui a fait son nid dans la bouche d’Eli, l'amputation (castration?), le  jeu constant d’inversion (Frères/Soeurs, Mme Mayfield tenancière Virago) renvoient à la fable (apologue?) alors que d’autres : scintillement des pépites grâce au produit miracle de Warms, fragrances dont s’imprègne Eli alors qu’il touche délicatement l’étole de la prostituée, écran noir qui joue le rôle de raccord cut,  s’apparentent à une forme d’onirisme qui contraste avec la violence qui a précédé ou qui va suivre….

Les coups de feu seront quasiment hors champ (on leur préfère un crépitement étoilé), pas de très gros plans prolongés (hormis sur le cheval d’Eli moribond), des effets de ralenti ou quelques fondus enchaînés, une voix off celle du détective lettré qui  joue le rôle de narrateur, le fait d'écrire, lire philosopher pendant certaines "pauses", tout cela qui en soi n’est pas innovant, l’est indubitablement dans le genre western revisité par...

La scène d’ouverture (cf affiche) mériterait un commentaire particulier tant elle encode le film et pour la forme et pour le sens

 

Jacques Audiard en "renouvelant" un genre a fait la part belle à la musique d’Alexandre Desplat, tout en dirigeant quelques monstres du cinéma américain dont Joaquin Phoenix et John C Reilly (qui est plus ou moins à l’origine du projet)

 

Un film à voir, certes, mais qui à mon humble avis ne mérite pas la critique dithyrambique de certains commentateurs patentés (les mêmes qui avaient encensé les lourdingues "de rouille et d’os" et  "Dheepan")

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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