6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 16:26

de Alireza Khatami (Chili France)

avec Juan Margello, Tomas del Estal, Manuel Moron

Prix du meilleur scénario Mostra de Venise 2017

 

argument:

Quelque part en Amérique latine...Le vieux gardien de la morgue se souvient de chaque détail de sa vie sauf des noms, y compris du sien. A la suite d'une manifestation qui a tourné au massacre, les miliciens investissent la morgue pour se débarrasser des civils qu'ils ont abattus. Après leur départ, le vieil homme découvre le corps oublié d'une jeune femme....

Les Versets de l'oubli

 

Voici  le vieux gardien de la morgue; il n'a pas de nom...  (excellent Juan Margello). Lente est sa démarche aux pas cadencés, rare sa parole et si bienveillant son regard.

Dans sa volonté de donner une sépulture décente à une jeune femme, (un acte éminemment politique) il  recourt  à des subterfuges  et il va côtoyer le fossoyeur (le prologue peut d’ailleurs être interprété comme une mise en abyme) une femme muette qui se rend régulièrement à la morgue à la recherche de sa fille disparue depuis 30 ans, un archiviste dont la parole s’apparente à des grognements et qui semble déboussolé par les sonneries intempestives d’un réveil...) et le chauffeur de corbillard à la parole à la fois résignée et truculente...

Le spectateur est immergé dans une forme d’espace temps: la dure réalité (les victimes de répression dans n’importe quelle dictature d’ailleurs risquent au mieux d’être enterrées dans une fosse commune au pire de disparaître...) côtoie l’onirisme (une baleine qui plane dans le ciel) et le passé retrouvé (les flashs qui s’imposent à la mémoire du personnage principal).

Le temps est comme  suspendu; et la caméra souvent fixe permet aux acteurs de cette odyssée contre l’Oubli d’entrer et sortir de son champ comme autant d’allées  et venues dans le labyrinthe de la pensée et de la Vie 

 

Une fable minimaliste aux qualités visuelles incontestables (lumière et ombre; clair-obscur) ; une chronique à connotation métaphorique (cf entre autres le jeu incessant entre les trois dimensions ciel, terre et  profondeurs chthoniennes)  Tel se donne à voir ce  premier long métrage d'un Iranien expatrié au Chili. Un film  que je vous recommande vivement! 

Dans le rétroviseur de la voiture qui  transporte le cadavre de la jeune femme, dérobé à la morgue, apparaît un jeune homme  Instant suprême qui dit le miracle de cette coexistence entre le passé et le présent ; la mémoire contre l’oubli

Colette Lallement-Duchoze

PS le 8/08 je viens de lire dans une "critique" "du fossoyeur nous n'entendrons que la voix" Faux. Au tout début (prologue) effectivement c'est sa voix qu'entendent le gardien et le spectateur; puis nous verrons sa main hors de la fosse puis son torse avant que ce fossoyeur ne soit assis au bord du trou qu'il vient de creuser. Ce  dévoilement progressif ne correspond-il pas à un autre dévoilement? Celui du passé du gardien? et ne s'inscrit-il pas dans la dialectique "mémoire et oubli"???

 

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