31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 05:58

De Stéphane Brizé

avec Vincent Lindon Mélanie Rover, Jacques Borderie

en compétition officielle au festival de Cannes 2018

Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

En guerre

Le temps médiatique est trop rapide, le temps de la fiction permet de contextualiser d’exposer la genèse de démonter des mécanismes -propos du réalisateur lors d’une interview. Stéphane Brizé s’est inspiré d’un épisode amplement "montré" dans les médias (en 2015 un DRH d’Air France s’est vu arracher sa chemise par des grévistes en colère). Les chaînes en continu se sont appesanties sur cet épisode. Le cinéaste lui se pose la "vraie" question « comment a-t-on pu en arriver là ?  car un ouvrier ne se lève pas le matin en se disant « tiens je vais arracher la chemise d’un DRH » Ce que les médias "montrent" de façon fragmentaire et réductrice, la fiction qui se nourrit du même réel, sera à même, grâce à sa dramaturgie, d’en relier les morceaux épars.

Ainsi, aux bribes tronquées, aux commentaires hâtifs- ceux des téléreportages qui ouvrent et parsèment le récit- s'oppose en contrepoint une immersion dans le vécu des ouvriers; décidés coûte que coûte à sauver leur emploi, ils se battent en "guerriers" valeureux : âpres négociations, démarches juridiques, rencontres avec les conseillers des ministères, attente d’un rendez-vous avec la direction allemande, rencontre au sommet: TOUT est tenté pour éviter le pire, la fermeture de leur usine...Et le prologue coup de poing semble correspondre à la "préparation" des forces en présence dans une "guerre"  qui ne dit pas son nom (mais la VIOLENCE n'est-elle pas  au coeur du système ultra libéral?) 

Plans moyens pour tous (délégués syndicaux, représentants de l'Etat, patrons etc.) , mouvements rapides d'une caméra virevoltante dans l'affrontement forces de l'ordre et grévistes par exemple, musique "violente" avec crescendo jusqu'au silence abrupt de l'écran noir, séquences restituées sans bande-son alors que l'on devine la colère sur les bouches enflammées, tout cela fait de "en guerre" un film haletant à l'énergie "convulsive", aux allures de documentaire, certes.  Mais...

Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. Cette phrase de Bertolt Brecht citée en exergue  illustrerait avec pertinence les "conflits" de ces dernières années Goodyear Continental Whirlpool. Par son énoncé laconique elle enjoint les individus à se responsabiliser quels que soient l'enjeu et le résultat. En guerre est le récit d'un combat ....perdu....

Rétrospectivement la phrase résonne douloureusement. Stéphane Brizé, qui ne verse nullement dans le manichéisme insiste sur les fissures et particulièrement celles qui lézardent le "front syndical" -au grand dam du délégué cégétiste Laurent Amédéo (admirable Vincent Lindon) qui incarne le héros de cette épopée des temps modernes.

Ken Loach à qui l'on compare Stéphane Brizé -au prétexte que ce dernier  a réalisé deux films ancrés dans la réalité sociale du régime capitaliste-, aurait traité différemment cette lutte collective....Où l'on mesure toute la différence entre un film politique (Brizé) et un film militant (K Loach)! 

 

En guerre ou le destin tragique d'un délégué syndical (cf l'affiche)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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