22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 08:16

De Sean Baker USA

Avec Willem Dafoe Brooklynn Prince, Bria Vinaite, M. Murder

The Florida Project

Nous sommes en Floride dans la région d’Orlando. C'est l'été  Voici trois mômes intrépides, dont Moonee 6 ans. Débordant de vie, abandonnés par leurs parents (qui travaillent..ou non), livrés à eux-mêmes ils courent, tombent, rigolent, crient, dévalent à toute allure les escaliers du motel ; ils crachent sur le pare-brise d’une voiture, invectivent les touristes, se moquent d’une rombière dénudée au bord de la piscine... La mère de Moonee est une "adulte" immature, farfelue, impudique (doigts d’honneur, déhanchement provocateur, tatouages) qui vit d’expédients -ils peuvent être passibles de...- pour payer le loyer ou "gâter" sa fille (jusqu’à la goinfrer -dans cette scène qui précède le drame, la gamine filmée de face en gros plan ingurgite voracement ad nauseam...comme si elle ingérait en une seule et unique fois des vivres jusque-là refusés). Au milieu un gérant (admirable Willem Dafoe) qui tente "d’arrondir les angles" ; cet ange gardien connaît le langage des volatiles (séquence presque onirique quand  il les invite  mezza-voce à quitter le macadam…)

L'art de  Sean Baker consiste à  dérégler toutes nos pathétiques "médiocrités" 

Tout ce qui est montré est vilipendé et tourné en dérision : le Majestic Castle couleurs mauves ? Autrefois parangon du tourisme de masse? c’est là qu’ont élu domicile les laissés pour compte du "grand rêve américain",  les victimes de la grande crise économique, les oubliés de Trump...C’est à ses abords que les mômes -tapis dans les herbes (folles) ou blottis dans un renforcement de béton- s’inventent leur propre univers -qui parfois tient de la magie! 

Filmée à hauteur d’enfant cette chronique ne verse jamais dans le " misérabilisme" ; certes elle frappe par le contraste cruel entre la dure réalité et la légèreté sirupeuse du monde "enchanteur de Disney" mais dotée d’une incroyable énergie, elle déborde d’humanité

Ne peut-on pas interpréter la séquence finale où les deux gamines s'extirpent du motel, courant  bras ouverts à  l’utopie, comme la volonté d’en découdre avec les lois du monde adulte?

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article

Repost0

commentaires

Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

Retrouvez aussi Cinexpressions sur Facebook

 

 

Recherche