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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 08:47

Documentaire réalisé par Shu Aiello et Catherine Catella (Italie, France) 

Un Paese di Calabria

Riace était abandonné déserté par les siens ; les noms prénoms que cette vieille femme égrène dans la rue face à des fenêtres closes, restent sans réponse ; son beau visage buriné et parcheminé est comme le grimoire du passé ; désormais seule dans cette rue ; seule aussi face à l’immensité de la mer (c’est sur le mouvement répétitif de flots s’écrasant sur la grève que s’ouvre le film, mouvement auquel fera écho le tout dernier plan avant le générique de fin, comme la métaphore de ce flux de femmes et d’hommes qui risquent leur vie en accostant sur des rives jusque-là inconnues). Nous entendrons tout au long, en voix off, le témoignage de cette femme qui a quitté le paese di Calabria après la Seconde Guerre mondiale, accompli un long voyage pour rejoindre à Nice son mari Antonio : ses paroles jouent le rôle de contre point et/ou de mise en perspective -alors qu’elles évoquent l’immigration italienne après la Seconde Guerre, le documentaire  nous montre l’arrivée de Kurdes puis d’autres migrants sur le sol italien aujourd’hui, et l’accueil généreux de la population de Riace , avant leur nouveau départ vers ....La voix de cette femme laisse parfois résonner le silence ou la vibration de chants: Polyphonie du Vivant par-delà les générations !

 

Le village de Riace est dans un premier temps présenté comme beaucoup de villages méditerranéens à flanc de colline et surplombant la mer ; panoramiques sur les oliviers et cactus , vue en plongée sur ces moutons qui paissent sous la houlette du berger ou contre plongée sur le village lui-même comme fossilisé sur une paroi rocheuse. Dès l’arrivée de 200 Kurdes le fossile s’ouvre et si nous pénétrons dans ses voies intérieures, s’imposera à notre regard la diversité partagée!! Ecole commerces habitations s'animent (à nouveau)! 

« Riace a refleuri Riace est revenu à la vie » précisément grâce à ces migrants. Interviewés isolément (visage ou corps entier face à la caméra)  nous les retrouvons mêlés à la foule lors de manifestations festives ou religieuses (la vénération de Côme et Damien par exemple). Leurs témoignages décuplent la force suggestive de leur trauma (cette Africaine qui a traversé la Libye et vécu les pires atrocités : cet homme qui a vu mourir les siens et des femmes et enfants...Pourquoi Gloria est-elle aussi farouche voire effrontée à l'école ?? des secrets, une douleur !!!) On ne doit pas badiner avec cette vérité ; ni surtout avec les dangers d’une traversée ; ne pas les tourner en dérision -comme vient de le faire en haut lieu "notre"  nouveau président….à propos des kwassa-kwassa ....

Voici une image bouleversante : des objets figés -bouteille, chaussures....- sur le ponton d’un bateau échoué..., objets reliques d’une vie qui a basculé pour l’éternité dans les abysses!

 

 

Ce  documentaire sur une politique d’accueil de migrants est un bel  exemple de cohabitation bienfaitrice. Les forces d’opposition (celle de la mafia calabraise par exemple) ne sont nullement occultées. Un Paese di Calabria , c'est ainsi et aussi un combat de tous les instants (les allocutions du maire Domenico forcent l'admiration et contrecarrent les politiques frileuses de l'Europe sur l'immigration...) 

 

Colette Lallement-Duchoze

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