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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 09:06

De Attila Till (Hongrie)

Avec Zoltán Fenyves Szabolcs Thuróczy Ádám Fekete

Présenté en soirée d'ouverture du festival "à l'Est du nouveau" à Rouen, ce film a obtenu plusieurs prix  au festival d'Arras (novembre 2016) 

Roues libres

Le ton est donné dès la scène d’ouverture: engueulades insultes bagarres pugilats de fauteuils roulants dans la salle de réfectoire ; tout cela sur un rythme effréné…tout s’emmêle les corps cabossés et les fauteuils renversés en échappement libre

L’originalité -découpage scénario montage- est décelable elle aussi dès le générique et le début du film

Passionné par le dessin et les scénarios pour BD Zolika handicapé moteur depuis l’enfance, aidé par son pote Barba Papa est précisément en train de créer un nouvel album; il sait que l’art seul peut pallier la morosité et la douleur dues à sa paralysie. La "vie fantasmée" jouera en fait le rôle de storyboard du ...film " roues libres "

Revenant à intervalles réguliers planches et vignettes scandent la narration -celle de la fiction- (d’abord esquissée sur le papier, une scène se transforme en plusieurs séquences, dans son adaptation pour l’écran). Et de même que l’on passe du graphisme au cinéma, c’est-à-dire d’un medium à un autre, on passe de la réalité (le quotidien des deux amis dans le centre pour handicapés) à la fiction : avec Rupaszov, le bagarreur, paralysé depuis 3 ans, ce trio " improbable " -pieds nickelés dans la veine de Aaltra, parfois ou inspiré de Tarantino – va utiliser le handicap comme "couverture"  : on s’acoquine avec le mafieux local pour mieux le gruger, on tue sans vergogne, pour empocher un pactole. Le rouge du sang versé peut envahir l’écran (vous avez dit gore ? Non ; c’est de la couleur répétait ad libitum Godard…).

Il est vrai que la frontière entre les deux univers est parfois poreuse (créant ainsi une forme de suspense)

Deux flash back aussi brefs que des instantanés font allusion à un épisode du  passé de Rupaszov (l'accident qui a provoqué  sa paralysie) ; le personnage lui-même se rappelle ce passé récent quand il somme Zolika et Barba Papa de rendre l’extincteur volé….ou quand, assistant au mariage de son ex -dont il est toujours amoureux- il confesse non sans amertume qu'il l’avait priée de le quitter, il vit sa paralysie comme une "émasculation" Et l’épilogue annoncé par l'encart "4 mois après" sera d’autant plus inattendu ...

 

Cette comédie qui tient du thriller du polar est aussi un bel hymne à la Vie. Le handicap jamais ne sera traité avec pathos (un gros plan sur le dos de Zolika ne s’appesantit pas ; le regard que portent les handicapés sur eux-mêmes sont lucides mais non larmoyants).

Dans les paysages post industriels filmés en plans larges ou dans les rues grouillant de monde, nous assistons en fait à une sorte de ballet : celui des corps paralysés  en " roues libres "

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS: Le festival de Chicago a décerné son prix du meilleur jeune réalisateur à Till, avec la mention ajoutée par l'un des jurés : 'un film qui a des couilles"

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