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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 17:45

De Aki Kaurismäki

Avec Sherwan Haji Sakari Kuosmanen, Ilkka Koivula

 

Helsinki. Deux destins qui se croisent. Wikhström, la cinquantaine, décide de changer de vie en quittant sa femme alcoolique et son travail de représentant de commerce pour ouvrir un restaurant. Khaled est quant à lui un jeune réfugié syrien, échoué dans la capitale par accident. Il voit sa demande d’asile rejetée mais décide de rester malgré tout. Un soir, Wikhström le trouve dans la cour de son restaurant. Touché par le jeune homme, il décide de le prendre sous son aile. ​​​​​​​

L'autre côté de l'Espoir

Il en va au cinéma comme en littérature. L’incipit formalise en quelques scènes le propos du film. Un cargo entre dans le port d’Helsinki. Ciel bleu boréal et plongée dans la soute à charbon. Noire sur noir une silhouette s’en dégage, traverse la machinerie du navire, entre dans la ville, lance une piécette à un papy rocker, chanteur de rue avant de s’enquérir d’une douche. La première parole est prononcée, le film peut débuter.

Il s’appelle Khaled, syrien d ‘Alep et demande l’asile politique à la Finlande au premier commissariat de la ville portuaire.

 

Ce film traite-t-il de la question du migrant qui, dans un parcours, va se confronter aux institutions faussement empathiques du pays d’accueil ?

Nous sont données à voir quelques scènes entre le jeune syrien et une femme fonctionnaire belle et froide jusqu’au cliché scandinave, au cours desquelles Khaled va dérouler son histoire de guerre et de fuite devant l’horreur, sans pathos excessif . S’il échoue là c’est davantage le fruit du hasard plutôt qu’un vrai choix. On "n’emmène pas sa patrie à la semelle de ses souliers" comme disait l’autre…

L’hypocrisie de la décision administrative sera aussi glaciale que la fonctionnaire censée l’avoir instruite.

 

Mais l’intérêt du film n’est pas là. Car Khaled va se frotter à la vraie vie, aux vrais gens. Les racistes et leur violence qui pourraient avoir le dernier mot comme les hommes simples ni trop généreux ni trop mauvais mais qui vont accompagner Khaled dans ses épreuves pour tenter de le préserver du pire.

 

Ce thème n’est pas neuf au cinéma. Les Dardenne, Philippe Lioret (Welcome) pour ne citer qu’eux s’y sont risqués avec succès.

Mais ici la poésie des images d’Aki Kaurismaki fait merveille. Elle prend la forme d’une rencontre improbable entre Khaled et Wikhström, un sexagénaire grossiste en chemises qui va jouer, au sens propre comme au sens figuré, sa vie sur un coup de poker pour se retrouver patron d’un improbable café/restaurant et «DRH » de trois employés hérités avec les murs. Khaled le réfugié y trouvera, sinon une place, du moins un asile moins anxiogène.

Toutes les scènes du restaurant sont filmées comme une vraie chorégraphie humoristique faisant penser à la gestuelle chère à Jacques Tati. La drôlerie des réparties et des situations fera le reste, évitant que cette histoire ne sombre dans le drame « sans espoir » pour reprendre une partie du titre du film.

Les pastilles musicales sont savoureuses et talentueuses . Les papys rockers s’invitent à chaque fois que le récit s’humanise et ouvre la porte à la générosité humaine. Grâce à la musique le restaurant/brasserie à la recherche d’un style pourrait bien y trouver le sien.

 

NB : Avis à tous les cinéphiles et amateurs d’automobiles de collection. Wikhström roule dans une superbe limousine au moteur ronflant qui fait penser à une voiture de luxe soviétique. Qui pourrait nous renseigner sur la marque en question

 

Joël Dupressoir

 

 

Oui; on retrouve dans ce film les thèmes si chers au cinéaste :son empathie pour les gens simples, la solidarité dont font preuve les cabossés de la vie ; la présence d’un chien ; l'activité portuaire avec ses anfractuosités presque chthoniennes ; l'émergence de la figure de l’autre (noir ou noirci); on retrouve aussi cette  façon de filmer si particulière: couleurs froides en grands  aplats, personnages filmés en plans américains ou en frontal  avant que le cadre ne s'élargisse; ellipses; dialogues minimalistes (hormis quand Khaled raconte son parcours égrené comme une "liste de courses"); importance de la musique (ici chansons nostalgiques) et cette Kati Outinen (actrice fétiche du réalisateur: Le Havre, l’homme sans passé,  Juha,  la fille aux allumettes etc..) même si  son rôle est ici secondaire -celui d'une commerçante qui va  fermer boutique pour aller au Mexique-
Un grand moment de cinéma !
Colette 14/04/2017

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