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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 10:57

De Eugène Green (France Belgique)

Avec Victor Ezenfis, Mathieu Amalric, Natacha Régnier,Fabrizio Rongione, Maria de Medeiros, Jacques Bonaffé, Christelle Prot

 

Vincent, un adolescent, a été élevé avec amour par sa mère, Marie, mais elle a toujours refusé de lui révéler le nom de son père. Vincent découvre qu’il s’agit d’un éditeur parisien égoïste et cynique, Oscar Pormenor. Le jeune homme met au point un projet de vengeance, mais sa rencontre avec Joseph va changer sa vie  

Le fils de Joseph

L'univers cinématographique d'Eugène Green est très singulier: culte de la diction baroque qui sonorise les "e" muets et fait prononcer toutes les liaisons; respect méticuleux de la syntaxe; une façon de filmer en frontal qui rappelle Ozu ou de tracer comme au cordeau chaque plan (à la Bresson); les arts -musique baroque, architecture et peinture- comme révélateurs grâce à leur illumination presque épiphanique, sans oublier l'humour. Voilà tout ce que l'on retrouve dans "le fils de Joseph" (pour le plaisir de ses admirateurs mais au grand dam de ses détracteurs)

 

Dès le générique on est comme happé par ces mouvements de caméra qui font du trafic urbain (voitures) et de la suractivité humaine (piétons sans visage) une chorégraphie avec ses flux et contre-reflux, puis un panoramique ascendant sur Notre-Dame; un ballet qu'accompagnent une musique baroque italienne et le chant de Cavalieri. Avant même que ne débute l'histoire de Vincent (interprété par Victor Ezenfis) cet adolescent en quête de son père, on sait que le quotidien le plus banal est comme sublimé ou du moins qu'il porte l'empreinte du sacré.

Le récit -qui est aussi un parcours initiatique- est segmenté en cinq chapitres dont les titres renvoient à des épisodes bibliques; il s'agit non pas tant de les "mettre au goût du jour" en les revisitant que d'établir un sorte de continuum, animé par la dialectique de l'ombre et de la lumière. Dans un premier temps, Vincent hanté par le tableau du Caravage (Sacrifice d'Isaac) obnubilé par le couteau que brandit Abraham, est décidé, en inversant les rôles, à tuer ce père géniteur qu'il vient de "retrouver", un certain Oscar Pormenor, éditeur "respecté" dans le milieu germanopratin (milieu savoureusement ridiculisé dans "le veau d'or"), mais un homme abject; le geste parricide sera suspendu ....grâce à la rencontre de Joseph ("le charpentier").

Le film va célébrer les noces de l'art et de la paternité retrouvée (fût-elle de substitution). Vincent en compagnie de Joseph contemple le tableau de Georges de La Tour Saint Joseph charpentier au Louvre; c’est par son fils que Joseph devient père, affirme Joseph, (Fabrizio Rongione) et ce commentaire préfigure l'aveu final "je suis le père de Vincent" (or les destinataires de ce message sont les gendarmes et le père géniteur.!!!). La musique elle aussi éploie ses vertus bienfaitrices; même s'il ne comprend pas les paroles, Vincent est subjugué par la voix de Claire Lafilliâtre et le jeu du théorbiste Vincent Dumestre dans cette scène à l'église où le Poème Harmonique interprète un morceau de Domenico Mazzochi (la figure d’Euryale).

Fils de Joseph devenu mais d'abord et toujours fils de Marie; une mère (Natacha Régnier) que nous voyons tout d'abord dans l'embrasure de la porte, nimbée dans un halo de lumière. Mère aimante et mater dolorosa tout à la fois jusqu'à la "fuite en Egypte" à dos d'âne (il fallait le faire!!!) sur le sable face à une mer "toujours recommencée" dans ses tons bleu vert et sa frange d'écume

 

Un film complexe qui se prête à une lecture plurielle.

Un film à la beauté formelle indéniable, exigeante

Un film à ne pas manquer!

 

Colette Lallement-Duchoze

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