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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 08:02

Documentaire réalisé par Rithy Panh 2013

Adapté du récit  L'Élimination de Rithy Panh et Christophe Bataille.

Prix du jury Un Certain Regard Cannes  2013

Nominé pour représenter le Cambodge aux Oscars du cinéma 2014 dans la catégorie meilleur film en langue étrangère

 

 

Il y a tant d'images dans le monde, qu'on croit avoir tout vu. Tout pensé. Depuis des années, je cherche une image qui manque. Une photographie prise entre 1975 et 1979 par les Khmers rouges, quand ils dirigeaient le Cambodge. A elle seule, bien sûr, une image ne prouve pas le crime de masse ; mais elle donne à penser ; à méditer. A bâtir l'histoire. Je l'ai cherchée en vain dans les archives, dans les papiers, dans les campagnes de mon pays. Maintenant je sais : cette image doit manquer ; et je ne la cherchais pas - ne serait-elle pas obscène et sans signification ?Alors je la fabrique. Ce que je vous donne aujourd'hui n'est pas une image, ou la quête d'une seule image, mais l'image d'une quête : celle que permet le cinéma.

L'image manquante

Dès les premiers plans des mouvements impétueux de l'eau envahissent l'écran tels le ressac du temps "Au milieu de la vie, l’enfance revient. C’est une eau douce et amère.» dit une voix off celle de Randal Douc ; une voix qui dit la mémoire de Rithy Panh, enfant; une voix qui dit la destruction et la mort; celle d'une famille, celle de tout un peuple; une voix qui dit l'horreur vécue au temps des Khmers rouges

Pour "représenter" ses souvenirs, leur donner la forme visuelle qui soit la plus en harmonie avec l'enfance, et pour combler le vide de "l'image manquante", le cinéaste a eu recours à des figurines (à deux moments dans le film on voit des mains d'artisan créer, ciseler ces statuettes dans un atelier de fabrication  ). Figurines devenues effigies -celles du père, de la mère, du frère guitariste, des sœurs, de la famille; celles en costumes noirs à écharpe rouge, le Karma, représentent les Khmers rouges; d'autres en costumes noirs, les habitants de Pnomh Penh. Figurines qui évoluent dans un univers à leurs dimensions, un univers forcément miniaturisé: qu'il s'agisse des cabanes, des troupeaux de buffles, des rizières, des instruments aratoires, de ces hamacs à la fois lits et tombeaux. Parfois par incrustation elles s'incorporent à des images d'archives en noir et blanc ou elles jouent le rôle de contrepoint.! Par deux fois -en deux séquences qui se font écho- le cinéaste juxtapose le présent et le passé: lui enfant/figurine regarde la chorégraphie du corps et la calligraphie des mains d'une danseuse traditionnelle, bien vivante....

Une histoire personnelle intimement mêlée à l'Histoire; et le choix de ces statuettes  muettes mais  aux visages très expressifs, de ces corps de glaise émaciés par la douleur ou la torture, invite à "voir" ce que l'écran ne figure pas (comme dans S21 le spectateur avait "vu" le réel en le  reconstruisant à partir des discours croisés du bourreau et de la victime)

"Cette image manquante, maintenant je vous la donne, pour qu’elle ne cesse pas de nous chercher"

Avec de la terre et de l’eau, avec des morts et des rizières, on fait un homme.

L’enterrement des mots, je ne veux pas l'oublier, c’était un acte de résistance.»

 

Colette Lallement-Duchoze

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