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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 08:53

De Zhang-ke Jia Chine

Avec Zhao Tao, Zhang Yi, Liang Jin-dong, Dong Zijian

Au-delà des montagnes

Tel un entomologiste Jia Zhang-ke ausculte de film en film son pays la Chine de l'ère post communiste avec la montée du capitalisme, la précarité, l'opulence, la corruption et la violence et ce, à travers le destin de personnages (faisant ainsi coïncider histoires individuelles et Histoire collective; on se rappellera A touch of sin par exemple). Dans Au-delà des montagnes il s'agit du destin de trois puis quatre personnages sur une génération allant de 1999 à 2025, en deux lieux différents: à Fenyang province du Shanxi et en Australie (en 2025). La fragmentation en trois mouvements, le choix d'un format particulier et d'une coloration spécifique pour chacun (on passe du 1,33 au 1,8 et au scope; de la luminosité inaugurale à la grisaille avant les larges panoramiques des paysages australiens) autorisent le cinéaste à bien mettre en évidence comme en exergue d'ailleurs -car le premier mouvement joue le rôle de prologue- le délitement progressif des "rêves" et implicitement à se poser la question comment 1999 a préparé tout cela?

Si la chanson Go West des Pet Shop Boys ouvre et clôt le film, elle n'a évidemment pas du tout la même connotation ni la même résonance en 1999 et 2025. Chanson des rêves, d'un ailleurs à conquérir en 1999 et Tao (qu'interprète ZhaoTao, femme égérie du cinéaste) danse avec cette bande de jeunes dont ses deux amis qui la courtisent Zhang Jinsheng incarnant la réussite sociale et Liangzi ouvrier mineur. À partir du moment où Tao a choisi le premier, à partir du moment où Liangzi renvoyé par le nouveau patron son ex camarade Jinsheng est contraint de quitter Fenyang, à partir du moment où Tao est arrachée à son fils que le père veut éduquer à l'américaine, en Australie (rejoignant la diaspora chinoise la plus huppée), la tonalité du film est plus amère et le constat cruel: un jeune exilé de son pays, dès l'enfance, n'en connaîtra peut-être jamais ni la langue ni la culture...(c'est le cas de Dollar)

Le dernier plan nous ramène à Fenyang; Tao vieillie, seule dans la grisaille enneigée, danse sur la musique Go West, son corps ne dessine plus d'arabesques, sa gestuelle s'est alentie et son visage s'est terni, à l'instar des rêves brisés! À l'instar du fleuve Jaune:  hier force vive, il est désormais tari et figé !

 

Colette Lallement-Duchoze

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