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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 10:08

De Roberto Minervini

Avec  Mark Kelly, Lisa Allen James Lee Miller (qui jouent leur propre rôle)

Présenté en Sélection Officielle (Un certain regard) au festival de Cannes

Prix du Jury au Festival du Film Grolandais de Toulouse.

The other side

Dès les premiers plans des hommes armés en tenue de camouflage semblent traquer un ennemi...Un homme seul nu sur le bitume d'une route....comme égaré... Ces deux plans séquences d'ouverture annoncent la  construction en diptyque de "the other side"

Un film où circulent des odeurs de bière et de sperme, où retentit le bruit des armes à feu; mais où sous la dureté apparente des êtres qui composent les deux communautés (l'une toxicomane, vivant en "marge" à West Monroe en Louisiane, l'autre une milice citoyenne paramilitaire, au Texas qui se prépare à une guerre civile) le réalisateur a exhumé une grande part d'humanité (scène bouleversante quand Mark étreint le corps de sa mère condamnée par un cancer ou quand il serre très fort celui de sa grand-mère; les larmes du vétéran Ray quand il évoque le 4 juillet sourdent de son être profond)

Quel rapport entre les deux communautés? Les racines politiques d'un mal-être et cette volonté de préserver à tout prix ses libertés (Obama est responsable de cette marginalisation et on ne peut que le haïr). Mais aussi peut-être un cheminement qui conduit quasi inexorablement des frustrations à la désolation, à la colère et à... Filmer cette trajectoire (possible) montrer de façon palpable les "errements" de desperados, ne signifie nullement qu'on va les cautionner.

Mark et Lisa forment un couple qui se défonce avec la même énergie que quand ils font l'amour; un couple emblématique de cette communauté qui, dépossédée de tout, n'existe que par un sentiment d'appartenance au groupe et ne survit que par le recours à la méthamphétamine. Le cinéaste fervent défenseur d'une "anthropologie partagée" les filme au plus près comme s'il s'était lui-même immergé dans leur quotidien. Et c'est là que le bât blesserait selon certains spectateurs; il manquerait la distance imposée par le documentaire. Ce à quoi on peut opposer les propos de Roberto Minervini lui-même qui résonnent comme une profession de foi: le documentaire reste une forme très "didascalique" où la beauté des images est vue comme négative Quand on approche l’intimité et qu’une relation du réalisateur au sujet est en jeu, ce n’est pas toléré. Dans The Other Side, je repousse ces limites.

 

Ce documentaire donne à voir au plus près une réalité misérable, sordide parfois; sans fioritures sans compromis. Mais un documentaire où le spectateur ne pourra qu'admirer cette science de la lumière, cette maîtrise du cadre (les couleurs vertes sont comme sublimées; le langage du corps exalté par des bruitages; les travellings arrière dosés au centimètre près, etc.) même s'il est (forcément et légitimement) perturbé par l'exacerbation de certains comportements!!

 

"Le monde connaît l'Amérique au travers de sa politique extérieure, mais ce que le monde perçoit moins, c'est que d'un point de vue intérieur, l'Amérique veut également accomplir sa démocratie par le biais du conflit"..Un pays qui a besoin d'instiller de l'instabilité et de la peur afin que la population encourage sa politique extérieure d'agressivité" (dépliant GNCR: groupement national des cinémas de recherche)

 

Colette Lallement-Duchoze

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