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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 08:27

De Kiyoshi Kurosawa

Avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asano, Yu Aoi

Prix de la mise en scène, section Un certain regard,  Cannes 2015

Vers l'autre rive

Elle, le jour de la réapparition de son mari défunt "enlève tes chaussures" Lui, dans l'embrasure de la porte qui est aussi le cadre, va sortir du plan pour revenir par une autre porte...pieds déchaussés.

Un revenant qui a franchi la frontière séparant vivants et morts; une femme l'épouse qui accepte cette irréalité comme allant de soi... d'emblée le ton est donné!

Mouvement et passage vers...apparitions, disparitions, réapparitions avec effets de ralentissements ou d'accélération, avec retours en arrière (car la marche vers l'autre rive implique un retour) c'est ce que le réalisateur met en scène en traitant de façon originale le thème du deuil (même s'il s'inspire du roman "kishibe no tabi" où le travail de veille auprès d'une personne mourante, le mitoru, devient voyage avec retours et avancées vers une séparation définitive certes mais apaisée)

Enchâssement d'histoires (re) vécues par le mari, découvertes par la femme aimante, comme autant d'étapes vers la sérénité;  tel est le voyage auquel  Yusuke a convié son épouse et ce faisant, le spectateur

"pourquoi es-tu revenu"? Rêve hantise hallucination? On serait tenté de répondre par l'affirmative si l'on ne se fiait qu'à la scène récurrente où seule, dans sa chambre, Mizuki se réveille hébétée comme au sortir d'un cauchemar. Mais le cinéaste en faisant cohabiter, coexister le monde des vivants et celui des morts -ne serait-ce que par le jeu des positionnements dans les cadrages et le champ - a opté pour une sorte de fusion où la surimpression même dans les face-à-face semble abolir les frontières (Mizuki vivante mais déjà morte? ,Yusuke mort et pourtant vivant?; les vêtements de Mizuki au début ont la pâleur de la mort, ceux de Yusuke (manteau orangé) l'éclat du vivant; Mizuki en retrait lors des conférences données par son mari à des paysans; Yusuke l'orateur acclamé mis littéralement en lumière)

En évitant une déambulation/pèlerinage dans les lieux sacrés (temples japonais entre autres) mais en ancrant son propos dans le quotidien (hôpital, gargote où a travaillé Yusuke par exemple) en multipliant les rencontres (mais certains personnages ne seraient-ils pas déjà morts? Et les autres en sursis?), en traversant des paysages où  la lumière, la cascade,  les monts et les villages se déploient parfois en un éventail d'ombres diaphanes, le cinéaste a donné une valeur universelle à ce thème de l'impermanence et à la douleur de la perte!

Je suis heureux d’être né 

 

Colette Lallement-Duchoze

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